Là où les putains n’existent pas

Ovidie


société | 56mn | Arte | 2018

« Jasmine Petite », de son vrai nom Eva-Marree, avait 27 ans quand elle a été tuée par le père de ses enfants. Trente-deux coups de couteau, dans les bureaux des services sociaux suédois. C’était le 11 juillet 2013.


Le cauchemar avait commencé trois ans plus tôt pour Eva-Marree, jeune mère célibataire qui essayait de trouver le moyen de subvenir aux besoins de ses enfants, une fille et un garçon, alors âgés respectivement de 4 et 5 ans. Dévouée corps et âme à leur éducation, elle avait décidé de devenir escort-girl et de se prostituer loin du foyer familial pendant que les enfants étaient à l’école. Eva-Marree a commis l’erreur fatale de parler à sa cousine de sa nouvelle activité. Quelques heures plus tard, la police frappait à sa porte et embarquait les enfants sans aucune explication, les arrachant des bras de leur mère, pour les confier à leur père, un homme violent alcoolique et drogué, au passé trouble.

Eva-Marree a commis l'erreur fatale de parler à sa cousine de sa nouvelle activité

Cela se passe ainsi en Suède. Au pays des droits de l’homme et de la tolérance, l’envers du décor n’est pas toujours idyllique. On peut perdre la garde de ses enfants à partir d’une simple délation. Et même si, comme l’a montré Eva-Marree à la justice pendant trois longues années de procédures et de procès, vous prouvez que les enfants ont toujours été tenus à l’écart de votre activité, que vous n’avez eu que cinq clients, que vous ne vous prostituez plus et que vous êtes une « bonne mère », vous êtes marquée au fer rouge : considérée à jamais comme irresponsable. Car en Suède, tout sera toujours mieux qu’une putain.

L’Etat suédois voudrait être le premier pays au monde à avoir éradiqué la prostitution : depuis 1999, les clients sont pénalisés et les prostituées sont punies en faisant pression sur leurs enfants. Depuis l’assassinat d’Eva-Marree, Zénitha – sa mère-  réclame justice pour sa fille et se bat pour récupérer ses petits-enfants, dont personne n’a plus de nouvelles. Abusant de leur pouvoir, les services sociaux les ont mis à l’abri dans un lieu sûr, pour qu’ils n’aient plus aucun contact avec leur famille maternelle. Jasmine Petite est devenue un symbole, son histoire résonne dans le cœur de centaines de femmes qui veulent juste avoir le droit d’être mère.

Ovidie a voulu raconter cette histoire qui condense à elle seule toute une série d’injustices dont peuvent être victimes les femmes.

 

Là où les putains n’existent pas
Réalisé par Ovidie
Production : Magneto-ARTE France
Ventes internationales : Java Films
Durée : 56 mn
Diffusé le 6 novembre 2018 sur Arte

 

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